Entre plateforme SNCF et tissu parisien

1er prix - Concours Tony Garnier 2005

Les franges de la mobilité : entre plateforme SNCF et tissu parisien

Comment réconcilier la ville et les rails en occupant par une architecture insolite des délaissés urbains, des sites incongrus, des linéaires et des murs de soutènement ? Comment prévoir le développement futur de sites et créer une architecture qui anticipe sur des opérations à venir ?  Comment transformer des éléments connotés péjorativement en des signes majeurs du territoire ?

L’espace urbain étudié est formé dans « l’entre-deux » ferroviaire entre la Gare de Lyon et la plate-forme de Bercy. Cela constitue une lisière de 6 hectares, au pourtour d’un réseau ferré de 48 hectares. Les six gares desservant Paris font apparaître un paradoxe flagrant dans nos villes contemporaines. En même temps que les lieux liés aux transports véhiculent une image dynamique et positive de la mobilité, ils génèrent derrière eux des non-lieux à forte connotation péjorative dans la conscience collective des habitants et des décideurs. Il ne sagit pas de remettre en question la légitimité du faisceau ferré, mais les marges qu’il génère en se frottant à la ville.

Comment concilier ces deux logiques extrèmes : le monde de la vitesse et de la lenteur, celui du TGV et du piéton, celui du déplacement et du séjour ? A l’échelle du faisceau ferré parisien ce sont quelques 40 km linéaires de bordures. Des limites infranchissables, inhospitalières, considérées comme des résidus sans valeur propre. Pourtant ce sont des lieux stratégiques évidents si l’on ose les penser comme espaces publics à part entière, si l’on ose leur injecter des programmes. Ils peuvent alors servir d’éléments dynamisant l’ensemble des quartiers limitrophes. Ce sont des limites sécuritaires qui ont trop d’importance dans nos villes pour ne pas engendrer une reflexion architecturale et urbaine globale sur leurs potentialités.

Les nouvelles “franges de la mobilité” sont des supports positifs de la ville pour lui permettre de s’ouvrir sur les voies ferrées. Développer ainsi un imaginaire lié au paysage ferroviaire, à ses grands vides, lieux exceptionnels de dégagement dans une ville congestionnée comme Paris. Penser la ville par l’arrière c’est aussi entamer un dialogue avec les voyageurs qui utilisent ces faisceaux linéaires, leur montrer le visage et non les entrailles de la ville. Il convient d’assumer pleinement notre mode de vie mobile en même temps que les infrastructures qu’elle génère. Ce projet “biface” concerne autant la ville que la SCNF : son montage opérationnel pourrait être pensé avec ces deux acteurs.